Renforcer les compétences de la Région Alsace en matière de langue régionale
1. La langue régionale : une richesse à mettre en oeuvre dans l'intérêt de toute l'Alsace et de la France
Tant dans une optique
culturelle que dans un souci d'aménagement du territoire, la promotion de la
langue régionale est un objectif économique et social important pour l'Alsace.
- Dans un contexte de mondialisation
et d'uniformisation, cette promotion permet à l'Alsace de consolider sa
personnalité propre en tant que facteur d'intégration au plan interne et de
reconnaissance externe.
- Au moment où l'on s'interroge sur
la relance de la coopération franco-allemande, qui implique que dans chacun des
deux pays existent des viviers de locuteurs avec une compétence de haut niveau
dans la langue du voisin, l'Alsace a, à cet égard, une vocation et une
responsabilité incontestables.
L'Alsace a la chance d'avoir une
langue régionale qui est en même temps la langue du pays voisin. Mais cette
langue reste, malgré les efforts entrepris dans les dernières années, en voie
de régression rapide. Dans les jeunes générations, sa connaissance est
devenue rare et faible.
Les instruments juridique et
administratif susceptibles d'être employés en vue de renforcer la langue
régionale sont principalement entre les mains de structures d'État (Éducation
Nationale, etc...) qui ne sont ni capables, ni vraiment désireuses
de développer la politique forte nécessaire pour valoriser l'atout que
représente la langue régionale. Seule une régionalisation de cette politique
et de ses instruments peut permettre de mettre en oeuvre une telle politique.
2. Une opportunité à saisir : la prochaine réforme de la compétence des régions
Le Gouvernement a
annoncé qu'une réforme constitutionnelle serait engagée avant la fin de
l'année pour donner une base constitutionnelle aux Régions et renforcer leurs
compétences dans le cadre d'un processus d'expérimentation. Les Régions sont
appelées à faire des propositions concernant les questions qu'elles entendent
prendre en charge. Les expérimentations peuvent correspondre à des opérations
pilotes destinées ultérieurement à une généralisation en cas de succès ou
à la prise en compte de besoins particuliers.
La valorisation de la langue
régionale peut entrer dans ce cadre. Il est donc urgent d'élaborer au plan
régional des propositions en ce sens.
3. Propositions concrètes
Il faut, d'une part, agir pour obtenir un cadre constitutionnel et législatif adapté à cet objectif régional et, d'autre part, préparer une mise en oeuvre originale de ces potentialités au plan de la Région Alsace.
Cadre constitutionnel et législatif
La seule inscription
d'une référence dans l'article 72 de la Constitution ne peut suffire. Il faut
inscrire l'objectif du pluralisme régional dans l'article 1 de la Constitution.
Il existe à cet égard diverses propositions élaborées dans ce sens, par
exemple celle élaborée en 2001 par l'Institut de la Décentralisation et qui
consiste à ajouter à l'article 1 de la Constitution, la phrase : "Elle
reconnaît et favorise les autonomies régionales et locales". On pourrait
la compléter par la disposition : "Les compétences dévolues aux régions
assurent la sauvegarde de leur diversité culturelle. L'État, la République et
les collectivités territoriales veillent au respect et assurent la promotion
des langues régionales de France, notamment par leur usage dans les
institutions publiques".
Par ailleurs, l'article 72 pourra
comporter l'alinéa supplémentaire suivant : "Les collectivités
territoriales ou leurs groupements exercent le pouvoir réglementaire dans les
domaines de compétence qui leurs sont attribués par la loi. Leur organisation,
leurs compétences ou leurs ressources peuvent faire l'objet
d'adaptations."
Sur la base de cette loi
constitutionnelle, une loi-cadre pourrait déléguer à la Région Alsace une
compétence étendue dans le domaine de la promotion de la langue
régionale/langue du voisin.
Mise en oeuvre au plan régional
Il s'agira pour
l'essentiel de mettre en application la même méthode que celle utilisée en
matière de régionalisation ferroviaire :
- la Région est investie de la
compétence de définir les objectifs et la politique ; elle se voit transférer
les ressources correspondantes ;
- les opérateurs
"historiques" sont chargés de la mise en oeuvre.
Dans le cas du transport régional de
voyageurs, la Région fixe les objectifs et définit le financement,
l'opérateur traditionnel, la SNCF, ou des opérateurs complémentaires privés,
exécutent.
Le même mécanisme pourra être mis
en oeuvre en matière d'éducation et d'audiovisuel public : la Région sera
investie de la compétence de la promotion de la langue régionale au plan
éducatif et médiatique. Elle disposera à cette fin du pouvoir de fixer des
objectifs et sera dotée des moyens financiers appropriés. La mise en oeuvre
sera assurée selon les institutions et ressources données par la Région par
les opérateurs traditionnels, l'Éducation Nationale et France 3/Radio Alsace.
Dans le cadre d'un plan de promotion
sur 20 ans, la Région fixera les étapes devant permettre de disposer en 2023
d'un système éducatif capable de donner une compétence bilingue de haut
niveau à tous les enfants dont les parents le demandent (on pourrait tabler sur
un taux de 40 % des enfants scolarisés choisissant ce type de scolarité).
La Région pourra à cette fin
décider une ouverture dynamique mais échelonnée et rationnelle des sites
bilingues, l'objectif immédiat étant que, dans un délai rapproché, il soit
possible de satisfaire dans des conditions acceptables, l'ensemble des demandes
existantes et l'objectif à moyen terme étant de développer la demande.
Afin de ne pas être dépendant de
lenteurs de mise en oeuvre par l'Éducation Nationale, un opérateur
complémentaire sera développé sur la base du réseau ABCM. Il pourra
intervenir en fonction des directives et ressources régionales dans des
conditions spécifiques, notamment en cas de trop grande pesanteur de l'appareil
de l'Éducation Nationale. L'existence d'un opérateur complémentaire vise
aussi à maintenir entre les deux systèmes éducatifs un effort d'émulation
réciproque positif. Aussi l'opérateur secondaire devrait-il dans cette
perspective gérer environ 10 % du réseau secondaire. L'Éducation Nationale
conserverait toutes ses compétences en ce qui concerne l'enseignement
traditionnel.
Pour ce qui est du secteur
audiovisuel, le mécanisme serait similaire : une partie des ressources
actuellement directement versées aux sociétés de diffusion par
l'intermédiaire de la redevance sera affectée à la Région qui les mettra à
la disposition de ces sociétés dans le cadre de cahiers de charges prévoyant
des émissions en faveur de la promotion de la langue et de la culture
régionales.
Dans ce domaine également, pour des
raisons d'émulation, la Région veillera à renforcer les opérateurs
secondaires et notamment les radios privées qui s'engageront sur des programmes
de promotion de la langue régionale.
Par ailleurs, une partie des crédits
et des services culturels de l'État devront être régionalisés afin d'être
mieux adaptés aux objectifs culturels de la Région. Grâce à ces moyens, la
Région développera un secteur de promotion culturel régional comportant :
- un théâtre régional en langue
régionale assorti d'un centre de formation à l'expression en langue régionale
;
- un centre de coopération
culturelle franco-allemand qui serait à la fois une structure d'information et
de recherche mais aussi un instrument de promotion des initiatives
transfrontalières et bi-nationales dans les domaines culturels et autres ;
- une structure de mise en valeur de
la langue régionale dans la vie professionnelle et économique, qui veillerait
à la fois à développer les offres de formation pour adultes et à assurer la
valorisation des compétences en langue régionale dans la vie économique.